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._- Il rame, votre ordinateur.
_- T'es pas contente? C'est pareil.
_- C'est bon, j'me tais.
_- Enfin du répit.
_- Nan mais là c'est désespérant, c'est
_- pas vraiment la pointe de la
_- technologie.
_- ... Ta gueule.
______________Chapitre 3______Lorsque Kieran entra dans le bureau, il eut face à lui un étrange tableau. Son ami, la tempe entre le pouce et l'index de la main droite, fixait son ordinateur d'un air absent. La jeune blonde canon contemplait la pluie qui martelait inlassablement les carreaux, et une tension électrique se faisait sentir dans la pièce.
- C'est pas la joie ici, constata avec un sourire le beau black.
Deux paires d'yeux, des verts clairs et des bleus glaciers, se tournèrent en même temps pour le fusiller du regard.
- Je vais chercher du café, déclara Izzie après une seconde d'un silence pesant.
Lorsque la présumée anglaise eut claquée la porte, Kieran s'affala dans un siège en face de Matt.
- Ça va vieux? Interrogea-t-il.
- Il y a une nouvelle victime du tueur en série, j'ai envie d'étrangler cette fille mais sinon ça va, ouais.
- Tu as envie d'étrangler tout le monde, corrigea le black.
Matt lui lança un regard meurtrier.
- Cette fille est une vraie peste, siffla-t-il. On la croirait toute gentille, mais nan.
- Ah bon? Tu es sur qu'elle n'est pas comme ça parce que toi tu es comme ça?
- Arrête les cours de psychologie à deux balles, railla Matt.
- Bah, il est presque midi, vient manger un case dalle, proposa Kieran.
Matt jeta un coup d'½il surpris à sa montre.
- Bordel, j'ai déjà perdu la moitié de la journée. Nan, je préfère rester ici, je vais demander à l'autre de me ramener quelque chose.
- Elle a un prénom, l'autre, remarqua une voix glaciale qui provint de l'entrée de la pièce.
Nullement gêné, Matt leva les yeux de son ordinateur et Kieran se tourna et se dit que cette fille était vraiment magnifique, même en colère.
- Thon mayonnaise, précisa Matt qui soutenait le regard d'acier d'Izzie sans s'émouvoir.
- Je suis pas votre chienne, s'exclama-t-elle.
Kieran passait de surprises en surprises: quelqu'un qui osait dire non à Matt. Un sourire vicieux s'étira sur ses lèvres. Il comprenait mieux pourquoi Matt la détestait, tout simplement parce qu'elle lui tenait tête.
- S'il vous plaît, ajouta de mauvaise foie Matt.
Izzie eut un sourire railleur.
- Ben c'était pas si difficile, ironisa la belle blonde. Vous voulez quelque chose? Ajouta-t-elle à l'intention de Kieran.
Celui secoua la tête et Izzie claqua la porte en sortant.
- Je comprends pas pourquoi t'es pas encore avec elle, s'étonna Kieran. A ta place, j'aurais sauté dessus.
Matt eut un rire ironique.
- Même pas pour tout l'or du monde. Et puis Jill t'en fais quoi?
- Alors, enfin, ça te gênes pas, si ... j'essaie?
- Du tout.
Kieran sourit et se leva.
- Bon, j'étais venu voir comment ça se passait, je suppose que j'ai ma réponse.
Matt acquiesça et reporta son attention sur l'écran d'ordinateur qu'il fixait depuis une dizaine de minutes sans en comprendre un traître mot. Il secoua la tête, fit craquer la jointure de ses doigts et laissa ses pensées vagabonder quelques secondes avant de se reprendre.
Kate Jack. 34 ans. Divorcée.
34 ans, songea Matt, beaucoup trop jeune pour avoir une fille de 15 ans. Pauvre femme, élever seule sa fille et gâcher sa jeunesse... Le vague soupçon de pitié qui l'avait emparé disparu brutalement. Elle faisait encore ce qu'elle voulait de sa vie et si le père d'Amanda avait choisit de fuir plutôt que d'assumer ses actes, c'était son problème.
Un peu comme sa mère à lui...
La porte s'ouvrit à nouveau. Matt reconnut le pas gracieux sans lever la tête, et tendit le bras.
- Ça vous écorcherez un Merci?
- Pourquoi parler au lieu d'économiser de la salive? Répliqua Matt en mordant dans son sandwiche thon mayonnaise.
Izzie eut un rire ironique et vint se placer à côté de Matt face à l'ordinateur.
- Alors? Demanda-t-elle en coulant son regard vers Matt, la tempe toujours entre son pouce et son index, son sandwiche dans la main droite.
- Alors quoi? Aboya-t-il en levant son regard vers elle.
Les yeux bleus d'Izzie se fracassèrent contre ceux de Matt et ce fut seulement là qu'il remarqua cette magnifique nuance de gris côtoyant le noir profond de ses pupilles, formant un gouffre sans fin. Elle plissa les yeux de colère.
- On fait quoi maintenant? Cracha-t-elle.
Sans répondre, Matt ferma violement son ordinateur, mâcha encore un coup dans son sandwiche, se leva et le jeta.
- Non mais vous avez pas la légère impression d'abuser là? S'exclama Izzie en enfonçant un doigt accusateur dans la poitrine de Matt.
L'inspecteur baissa les yeux, regarda le doigt, avant de replacer son regard dans celui d'Izzie, d'afficher une expression narquoise et de se détourner.
- On va chez cette très chère Kate Jack.
- Parlez nous un peu d'Amanda, demanda gentiment Matt.
La femme qui leur avait ouvert était la copie conforme du corps qu'il avait vu ce matin. Les mêmes cheveux blonds cendrés accompagnés d'yeux bleus foncés, rougis par les nombreuses larmes qu'elle avait dû verser. Kate fixait la tasse de thé qu'elle buvait, assise sur son sofa.
- Elle était tellement parfaite... sanglota-t-elle. Je l'ai eu très tôt et forcément, ce n'était pas évident, mais Amanda a très vite compris à quel point c'était dur à gérer pour moi, et elle a toujours fait du mieux qu'elle pouvait pour m'aider. Elle s'occupait du ménage et faisait les courses alors que moi je travaillais... Oh mon pauvre bébé...
Izzie ferma les yeux. Elle avait l'impression que chaque mot prononcé par cette pauvre mère en détresse lui compressait le c½ur et eut soudain l'impression d'étouffer. Elle jeta un regard à Matt, assis à sa droite. Il se tenait droit, mais ne fixait pas Kate avec son regard inquisiteur habituel, non, il regardait le parquet. Sentant son regard, il détourna les yeux vers sa stagiaire et celle-ci, se sentant prise sur le fait, reporta son regard, brûlante.
- Votre fille avait-elle un petit ami? Était-elle appréciée au collège?
- Oh oui, s'exclama Kate, les yeux pleins de larmes, tout le monde l'aimait. Elle avait la faculté de savoir écouter les gens. Et elle avait un copain, mais elle m'a dit avoir rompu avec il y a trois semaines environ... Même si elle n'était pas spécialement populaire, elle s'investissait dans la vie du collège.
Matt acquiesça.
- Excusez-moi mais... connaissait-elle son père?
- Non, soupira-t-elle, quand il a su que j'étais enceinte, il y a 16 ans, il a détalé comme un lapin, et je ne l'ai plus jamais croisé de ma vie.
Matt hocha la tête une nouvelle fois.
- On peut regarder sa chambre?, demanda-t-il en se levant, imité par Izzie.
La mère d'Amanda acquiesça en silence.
- Une fille parfaite ça n'existe pas, grommela Matt en entrant dans la chambre.
La pièce était simple, un lit double au centre, une armoire, un bureau et des décorations la meublaient.
- Qu'est-ce que vous en savez? S'exclama Izzie.
Il se retourna et la fusilla du regard.
- Question de principe. Tout le monde a fait une grosse connerie au moins une fois dans sa vie.
- C'est quoi la vôtre, alors?
- Vous seriez trop choquée, sourit Matt en se baissant pour jeter un coup d'½il sous le lit.
Il se releva et lança à Izzie:
- Fouillez dans la pièce, trouvez quelque chose qui ressemble à son journal intime.
- Son journal intime? Mais ça serait comme violer ses pensées!
L'inspecteur se tourna vers la stagiaire, amusé par son air choqué.
- En plus, reprit-elle, je croyais que c'était un tueur en série!
- Où est le rapport? Demanda-t-il, redevenant brusquement aussi froid qu'un iceberg.
- Eh bien, les tueurs en série ne connaissent pas leurs victimes non? Ils choisissent au hasard, répondit-elle, surprise par la brusque saute d'humeur de Matt.
- Pas forcément, répliqua celui-ci, et cela ne nous empêche pas de fouiller dans la vie de la victime.
Izzie opina, sachant qu'elle aurait toujours tort avec lui. Question de principe.
- Trouver quelque chose comme ça? Demanda-t-elle en prenant une lettre posée en évidence sur son bureau.
La belle blonde déplia la lettre et elle sentit la présence de Matt derrière son dos, qui lisait par-dessus son épaule.
Amanda,
Je suis désolé, mais tout est finit entre nous. Finalement, c'était une erreur, peut-être que je me suis laissé emporter...
Izzie interrompit sa lecture.
- Mais quel est le genre de mec qui plaque sa copine par lettre ?!
- Je ne sais pas, avoua Matt qui pourtant, semblait savoir.
Il arracha des mains d'Izzie la lettre et la retourna.
- Un certain Pete... Ok, demain on va le voir.
- Pas aujourd'hui? S'étonna la blonde en se retournant.
- Non, le temps qu'on rentre avec les embouteillages et compagnie, il sera largement l'heure de rentrer.
- C'est étrange, non? Demanda Izzie dans la voiture.
- De quoi? Demanda Matt, surpris. Il aurait pensé qu'avec son comportement, elle aurait cessée d'être curieuse et serait devenue renfermée. Apparemment non.
- Je ne sais pas... Tout ce qu'on a fait aujourd'hui, ça n'a pas un peu... servi à rien? Risqua-t-elle en lançant timidement un regard à Matt.
- Comment ça? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Eh ben, il n'y a aucune piste, aucun indice, pas de témoin... Si c'est le même tueur en série alors cela veut dire que pour les autres meurtres, il n'y avait pas non plus de preuves, c'est ça?
- Oui, avoua Matt à contre c½ur, se concentrant sur la route au lieu de croiser le beau regard d'Izzie. Les autres enquêtes ont littéralement pataugée dans la boue. Mais on ne peut rien dire pour le moment sur celle là, il faut au moins attendre l'autopsie.
Izzie acquiesça et redevint silencieuse.
Matt ouvrit la porte de son appartement. Le couloir était plongé dans la pénombre, mais des voix filtraient du salon, vers lequel Matt se dirigea.
Il entra, et découvrit Jill, recroquevillée sur elle-même dans le canapé, regardant la télé.
- Ah, tu es là, soupira-t-il.
Elle tourna la tête, et Matt songea à quel point elle était magnifique. Sa peau laiteuse sans imperfection contrastait à merveille avec ses cheveux d'un noir ébène et ses yeux couleur encre.
Matt s'assit à côté d'elle et un sourire de sa part dévoila une denture parfaite.
- Tu as passé une bonne journée? S'enquit-elle.
- Pas mal, oui, mentit Matt qui ne voulait pas rentrer dans les détails.
Apparemment, la crise de Jill de ce matin lui était passée. Heureusement.
La belle procureur se blottie contre le torse de Matt qui sourit.
- Je t'aime, souffla-t-elle.
Matt ne répondit pas, se contentant de passer une main douce dans ses cheveux. Peut-être qu'il ne l'aimait pas - il n'aimait personne - mais au moins, il avait de l'affection pour elle, il n'était pas si ... méchant, comme dirait Izzie. C'est-ce qu'il tentait de se persuader.